Plan de finage de Herrlisheim en 1760

Le plan de finage

Le finage correspond à l’étendue d’un territoire villageois. Très souvent le finage regroupe plusieurs terroirs permettant une diversification des ressources. En Europe, les limites des finages médiévaux se sont souvent transformées en limites de communes. Les « plans de finage » ont été réalisés en Alsace dans les années 1760, à l’initiative du service de l’Intendance. Le plan de Herrlisheim date de 1760 avec une échelle de 5 pouces pour 100 perches de 22 pieds de Roy, c’est à dire au 1/5280ème. Les limites du ban sont représentées en bornes rouges. On y trouve des terres cultivées, des prés, des pâturages et des bois seigneuriaux. Le village est en rose en W, seule l’église est dessinée. L’emplacement du moulin de la Breymühl est en rose en X. L’emplacement de la redoute est visible en x près du Rhin dans le canton du Bridelswörth. Dans la légende on peut voir la nature des cultures, le nom et la surface de chaque canton en arpents et en perches. Les cours d’eau sont en bleu et vert : la Zorn, la Kleinbach et un bras du Rhin. A l’Est vers le Rhin chemine du Sud vers le Nord la « Chaussée de Strasbourg à Drusenheim et le Fort Louis », c’est l’ancienne route romaine dite Alte Strasse. Herrlisheim était à l’écart de cette voie principale mais y était reliée par le chemin appelé Holter Stock Weg (ou Holderstöckelweg), que l’on peut traduire par chemin du sureau.

Vous pouvez zoomer sur le plan ci-dessous.


« Université de Strasbourg – Données originales téléchargées sur https://www.nakala.fr, mise à jour du 10 octobre 2007 ».

Détail de la légende du plan de finage.

Détail de la légende du plan de finage.

 

Les plans de finage ont été réalisés dans un but fiscal. Chaque bailliage seigneurial devait en effet payer l’impôt royal. Pour évaluer la contribution de chaque village plus équitablement, il fut établi l’arpentage des masses de culture de chaque ban en vue de déterminer la superficie en arpent de roi des différentes terres cultivées, puis d’en évaluer les produits.

 

L’enceinte du village appelée en allemand Etter

A partir du XIIème siècle, une clôture en haies ou palissade ceinture l’ensemble d’un village, y compris ses jardins et vergers. Au-delà de cet enclos, en allemand Etter, se trouvent les champs cultivés. Cet enclos est souvent précédé d’un fossé (Dorfgraben) et longé à l’extérieur par un chemin (Etterpfad ou Dorfgrabenweg). La fonction de l’Etter est double : empêcher le passage des animaux sauvages et domestiques ; délimiter deux espaces juridictionnels et dîmiers. En effet, les jardins et vergers situés à l’intérieur de l’Etter étaient soumis à la menue dîme (kleiner Zehnt ou Gartenzehnt ou Etterzehnt) alors que les champs cultivés situés à l’extérieur de l’enceinte étaient soumis à la grande dîme (grosser Zehnt).

Sur les plans de finage, la ligne séparant « l’emplacement du village et vergers » (en rose) des « terres » (en sillonné) correspondrait au tracé de l’Etter. Pour Herrlisheim, du côté Est du village, il est probable que l’enclos précédé d’un fossé se trouvait à peu près au niveau actuel de la rue du fossé ou Dorfgraben. Sur le plan cela correspond à la limite en ligne droite, à droite du W vers le Nord-Est. Autour de Herrlisheim il n’y avait sans doute pas de fortifications car il n’y a pas de mention de porte d’entrée dans le village. Pour protéger le village, à l’est se trouvait le fossé ou Dorfgraben et à l’ouest la Zorn était une protection naturelle.

Les chemins menant au village devaient franchir son enceinte. Ces passages étaient matérialisés par des barrières en bois appelées Serren en allemand ou Sarr en alsacien. Dans le Terrier de Herrlisheim de 1722, la rue du Sel est dénommée Aloch Serren Weg, le chemin où se trouvait la barrière en bois franchissant l’enclos du village (voir Terrier de Herrlisheim en 1722). Auguste Kocher évoque ces barrières dans le livre Die Aemter Offendorf und Bischweiler. Il explique que ces barrières devaient rester fermées durant la période des moissons jusqu’à ce que les gerbes dîmées (Zehendgarbe) soient prélevées par le décimateur (Zehendherr).

 

Détail d’illustration des protections du village de Herrlisheim : à l’ouest la Zorn et à l’est le fossé ou Dorfgraben.

 

Sources :

Unkn. (2024). Plan et arpentage du Ban de la Communauté d’Herrlisheim P[révô]té d’offendorf (Version 1). NAKALA – https://nakala.fr (Huma-Num – CNRS). https://doi.org/10.34847/NKL.7ABD5743

Wikipedia, finage.

Louis Tschaen, Le cadastre d’Alsace (1760-1764) in Revue XYZ n°126 – 1er trimestre 2011.

Boris Dottori, université de Strasbourg / Arche.

Dictionnaire Historique des Institutions de l’Alsace.

Auguste Kocher : Die Aemter Offendorf und Bischweiler, éd. Manias, 1907, page 19.