La Laub et les mairies de Herrlisheim

Depuis la Révolution Française, au moins trois mairies se sont succédées à Herrlisheim à trois adresses différentes. Sous l’ancien régime, la maison commune s’appelait la Laub et elle se situait déjà au centre du village. Quelques documents en attestent l’existence.

 

La Laub – die Laube – d’ Leub

 

Les Laub en Alsace

Le terme Laub désignait autrefois les bâtiments comprenant une halle à arcades. Avant la Révolution la justice villageoise y était rendue. Le tribunal (Gericht ou Dorfgericht) dirigé par le prévôt (Schultheiss) devait siéger dans un local ouvert au public. A l’origine la Laub était un préau couvert, soutenu par des pilliers de bois, établi sur la place du marché. Les marchés pouvaient aussi s’y tenir. Plus tard on établit au-dessus de cette Laub, une grande et vaste salle, le « poêle des bourgeois » (Burgerstube), qui servait à la fois de prétoire de justice et pour les délibérations communales. Un escalier extérieur menait à la salle. L’appariteur (der Bote) pouvait monter sur la plate-forme en-haut de l’escalier pour annoncer les déclarations et décisions municipales.

 

La Laub de Bischwilller en 1665 et aujourd’hui.

La Laub de Wintzenheim-Kochersberg et la Laub de Munster (© S.W., Ville de Munster).

 

 

La Laub de Herrlisheim

Dans le terrier de 1722 la Laub est située à l’emplacement actuel de la place centrale du village, c’est-à-dire entre la fontaine et le laboratoire. D’un côté le long de la route principale et de l’autre côté le long de la rue d’Offendorf. Le début de la rue d’Offendorf et son prolongement au début de la rue du Marais, s’appelait rue de la Laub ou Laubgass, ce qui indique aussi que la Laub se trouvait là (Description de l’emplacement de la Laub dans le Terrier voir Terrier de Herrlisheim en 1722 ).

Un document exceptionnel a été réalisé en 1765 lors du projet de construction de la nouvelle route de Gambsheim à Drusenheim. Il s’agit d’un plan du centre de Herrlisheim sur lequel on peut voir la Laub. Le bâtiment porte la lettre a et la légende indique que la lettre a correspond à la maison de ville (voir les autres bâtiments de la place dans l’article Evolution du centre de Herrlisheim de 1765 à 1900 ).

 

La Laub en a au centre de Herrlisheim en 1765 (Archives d’Alsace C456-C457).

 

On peut deviner sur le tracé que la Laub était flanquée d’un escalier extérieur qui permettait d’accéder dans la salle à l’étage. Auguste Kocher dans son livre Kurze Herlisheimer Chronik page 61, évoque le décès accidentel de Nicolas Gross à 47 ans le 12 décembre 1678, qui tombe ivre-mort de l’escalier de la Laub. Ce fait tragique est décrit dans le registre des actes de sépulture. La Laub existait donc déjà en 1678 et comportait un escalier.

 

Sépulture de Nicolas Gross en 1678 (Archives d’Alsace 3E193/1) : den 12. Dec. ist Clauß Groß, der gewesener Heimburger dieses Jahr, von der Laub Steg hinab in der Trunckenheit zu Tod gestürzt, wurde begraben den 15. – 47 Jahr. Traduction : le 12 déc. Nicolas Gross, qui était receveur du village cette année, s’est tué en tombant ivre de l’escalier de la Laub, enterré le 15 à 47 ans.

 

Sur le plan cadastral de 1836, figure la Laubgass mais la Laub n’existe plus (voir le plan Plan cadastral napoléonien de Herrlisheim de 1836 ).

 

De la Laub à la mairie

Dans le livre Die Aemter Offendorf und Bischweiler page 54, Kocher écrit à propos de la construction de la nouvelle église vers 1789 : « Während des Baues wurde der Gottesdienst im damaligen Gemeindehaus (Joseph Würtz) oder unter der Laube (Allee) abgehalten ». Les messes étaient célébrées dans la maison communale (chez Joseph Würtz) ou unter der Laube (Allee), que nous pouvons traduire dans l’allée arborée sur la place de l’église, car Laub signifie aussi feuillage. La Laub ne faisait donc déjà plus office de maison communale en 1789.

Une information importante apparaît bien plus tard dans une lettre du sous-préfet de Strasbourg de 1824 : « Considérant que la construction d’une maison commune, l’ancienne ayant été incendiée pendant la période révolutionnaire, est une mesure indispensable dans une commune aussi populeuse… ». L’ancienne maison commune, sans doute la Laub, fut donc détruite par un incendie vers 1793 pendant les guerres révolutionnaires. Une nouvelle maison commune a semble-t-il commencé à être construite après 1793, mais jamais finie, toujours sur la place centrale de Herrlisheim.

En 1807, un nouveau projet de maison commune est décidé. L’architecte Reiner du département écrit : « La maison commune actuelle offre une grande carcasse de bâtiment à jour dont la construction n’a jamais été achevée. Elle est construite aux trois quarts avec des bois de démolition, les cloisons sous la maçonnerie, les poutres sous planchers sont à moitié pourries. La construction du bâtiment est si vicieuse qu’il menace de s’écrouler… Vis-à-vis de ce bâtiment se trouve le vieux Corps de Garde, contre lequel se trouve adossé l’écurie des taureaux. Le vieux Corps de Garde est en mauvaise galandure (colombage) et torchis, et menace ruine… Le Corps de Garde peut être placé sous la salle communale, et l’écurie des taureaux peut être placée sous une grange communale qui existe de l’autre côté de la route… L’emplacement que Monsieur le maire et les membres du Conseil Municipal m’ont indiqué pour la construction de la nouvelle maison communale m’a parut très convenable, se trouvant entre la grande route et une rue, et en face d’une place assez grande pour y tenir les marchés et foires. Ce terrain est celui qu’occupait l’avant dernière maison commune et est un peu élevé ce qui le rendra plus sain. La destruction de l’ancienne maison commune devient d’autant plus essentielle qu’elle occupe et obstrue le milieu de la place que je destine aux marchés… ». Le devis estimatif de l’avant métrage, comprenant l’ensemble des travaux à réaliser ainsi que les matériaux et fournitures nécessaires s’élève à 16933,24 Francs.

De nombreuses pièces administratives comme des lettres du maire, du sous-préfet, du préfet, de l’architecte des bâtiments publics du Bas-Rhin, ainsi que du Ministère de l’Intérieur, entre 1807 et 1812, sont conservées aux archives mais ne permettent pas de savoir si ce projet a été réalisé.

Plan du projet de mairie de 1807 (Archives d’Alsace 2OP/TC109).

 

 

La nouvelle mairie de 1825

 

En 1823 le maire et le conseil municipal demandent aux autorités de pouvoir construire une nouvelle maison commune. Le bâtiment devra servir de mairie, d’école des filles, de logement pour les sœurs de la Providence, de corps de garde, de prison, et devra enfin comporter une remise pour les pompes à incendie. La commune dispose d’un terrain sur lequel se trouvaient jadis la forge communale, la maison du gardien de troupeaux et une écurie (voir Terrier de Herrlisheim en 1722). Située (encore aujourd’hui) au 1, rue Saint-Arbogast, la mairie donnera sur la place centrale du village où pourra se tenir le marché.

 

Plan d’ensemble de la mairie et de la remise pour les pompes à incendie en 1825 (Archives d’Alsace 2OP/TC109) .

 

L’architecte des bâtiment publics du Département, Reiner, fut de nouveau engagé pour dessiner les plans. Il propose en 1824 un édifice de 20m de long, 11m de large et 7,30m de haut, l’entrée principale donnant sur la place et le portique à colonnes et le corps de garde donnant sur la petite place côté rue. Le Conseil des Bâtiments Publics du Ministère de l’Intérieur reproche à ce plan, tout d’abord de mettre le péristyle et le corps de garde dans la rue alors qu’ils devraient donner sur la grande place, ensuite que le rapprochement d’un corps de garde et de prisons avec un logement de religieuses et d’écoles est inconvenant, enfin l’absence de jardin pour les sœurs. Reiner leur rétorque que le portique à colonnes qui précède le corps de garde comme c’est l’usage donne sur une petite place et non sur une rue. Et que par cette disposition le corps de garde et les deux cachots sont totalement isolés des salles d’école et du logement des sœurs. Le projet sera approuvé.

 

Plan de la porte d’entrée principale surmontée d’une corniche et d’un fronton en pierres de taille (Archives d’Alsace 2OP/TC109).

 

La distribution des locaux est la suivante : au rez-de-chaussée deux salles d’école, un hall et une cage d’escalier, une décharge et une cuisine, un corps de garde, un péristyle et deux cachots. A l’étage une salle pour le conseil municipal, un cabinet des archives, un vestibule, un logement pour les sœurs de la providence (contenant le poêle du maître d’école, le cabinet d’à côté, les deux chambres à coucher). Ainsi qu’une cave et un grenier. La remise des pompes à incendie, placée à gauche du bâtiment, mesurera 6,80m x 3,85m x 4m. Les deux bûchers y attenant auront chacun 3,30m x 2m x 2,5m.

 

Plans du rez-de-chaussée et de l’étage (Archives d’Alsace 2OP/TC109).

 

Le devis estimatif de l’avant métrage, comprenant l’ensemble des travaux à réaliser ainsi que les matériaux et fournitures nécessaires s’élevait à 19963.52 Francs. L’adjudication des travaux, au rabais et à l’extinction des feux, fut faite le 30 juin 1825. Entre les 7 soumissionnaires, Joseph Vonhatten de Soufflenheim, charpentier patenté et entrepreneur de travaux, fut retenu. Après la construction qui s’étala de l’automne à l’hiver 1825,  le métrage de réception des travaux eu lieu au printemps 1826.

Une partie de la maçonnerie devait être réalisée avec des vieilles briques provenant des fortifications de Fort-Louis, mais cela ne s’est peut-être pas fait. En effet le maire observa à ce sujet que « toutes les vieilles briques du Fort-Louis étant destinées à la construction de l’église de Soufflenheim, il est fort douteux que l’on puisse encore s’en procurer» .

 

La mairie de 1825 aujourd’hui.

 

Le bâtiment a été modifié plusieurs fois. Sur les cartes postales des années 1900, on remarque que le péristyle a été muré de moitié avec ajout d’une fenêtre. Sur les cartes postales des années 1950-1960, on voit que le porche à colonnes est de nouveau ouvert. Vers les années 1960-1970 il a été entièrement fermé.

La bâtisse abrita la mairie jusqu’en 1904, l’école des filles jusqu’en 1874 environ puis l’école des garçons. Le rez-de-chaussée abrita La Poste pendant plusieurs décennies.

 

La mairie-école des garçons vers 1900 (avec le péristyle à demi fermé).

 

L’école des garçons vers 1930.

 

Le bâtiment vers 1950-1960 (avec son péristyle de nouveau ouvert).

 

 

La  nouvelle mairie de 1904

 

Le 23 avril 1899, le conseil municipal décide de construire une nouvelle mairie. Le 15 mai 1900, il choisit son emplacement sur la place devant le commerce de Joseph Kistler et prend l’entrepreneur Steller de Haguenau pour sa construction. La route principale formait un virage en angle droit à la hauteur de l’actuelle intersection des rue de Drusenheim et rue de la Haute-Vienne. C’est dans ce coin-là près de l’actuelle bijouterie qu’elle devait être érigée, mais cela ne s’est pas concrétisé.

En 1904, le projet est de nouveau d’actualité, mais des obstacles devaient d’abord être surmontés.  La place était assez petite pour y accueillir un bâtiment de grande taille. La mairie ferait de l’ombre aux maisons riveraines. De plus, une discussion s’engagea avec l’administration d’arrondissement en juin 1904 car le projet empiétait sur la route nationale 68 (Staatstrasse N°7). La modification du plan de la route devait passer par un décret impérial précédé d’une commission d’étude. Cette procédure aboutira à un refus des autorités en août 1904.

Le choix de l’emplacement faisait débat. Un autre lieu, situé au centre,  avait également été proposé : le jardin du presbytère. A cette époque le jardin était plus grand qu’aujourd’hui puisqu’il s’étendait après la grange (garage du presbytère) jusqu’à la route nationale. Le curé était d’accord de céder un morceau de jardin, à condition de déplacer la grange, et que la mairie ne comporte pas de fenêtres sur les deux façades côté presbytère. Deux possibilités de construction étaient évoquées : aux extrémités sud-ouest ou nord-ouest du jardin, le long de la route principale. En mai 1904, le conseil municipal avait refusé cette proposition.

 

Le jardin du presbytère à l’angle de la route principale et de la rue de l’église (aujourd’hui rue Châteauneuf-la-Forêt). Le presbytère et sa grange ne sont pas dessinés sous le jardin. A sa droite on peut voir l’allée bordée d’arbres qui mène à l’église (Archives d’Alsace 383D549).

 

Le 21 août 1904, le maire demande au conseil municipal de se prononcer sur un nouvel emplacement : une parcelle communale située le long de la Kleinbach près de la bifurcation de la route principale vers Weyersheim. Ce choix fut retenu.

 

Parcelle communale entre la Kleinbach et la route principale choisie pour y bâtir la mairie en 1904 (Archives d’Alsace 383D549).

 

L’inspecteur des travaux de l’arrondissement donne son accord à un rétrécissement de la rivière d’environ 1,50m à condition d’aligner le tracé du cours d’eau jusqu’au prochain pont en aval. La commune pouvait ainsi gagner 4 mètres sur le fossé. Le projet fut accordé et la mairie fut érigée vers la fin de l’année 1904 au 11, rue de la Haute-Vienne. L’immeuble existe toujours.

 

En 1904 la nouvelle mairie fut rajoutée sur le plan de 1901 (Archives d’Alsace 3P67/38).

 

Le bâtiment sera la mairie de Herrlisheim, d’abord sous l’empire allemand entre 1904 et 1918, puis après le retour à la France à partir de 1918. Mairie de Herrlisheim sera peint sur la façade comme on le devine sur une carte postale de l’époque. Sous l’annexion allemande entre 1940 et 1945, l’inscription sur la façade fut changée en Rathaus, également visible sur une carte postale.

 

La mairie vers 1910 de face et de profil.

 

La mairie dans les années 1920 puis dans les années 1940.

 

Vue aérienne de la mairie dans les années 1950 – Le salon de coiffure en 2008.

 

Plus tard, le bâtiment fut vendu et abrita un salon de coiffure durant plusieurs décennies.

 

La nouvelle mairie de 1964

 

Après la Seconde Guerre Mondiale, lors de la reconstruction, entre 1961 et 1964, une nouvelle mairie fut érigée au 1, rue d’Offendorf, sur l’emplacement de l’ancien restaurant Au Lion d’Or. Le bâtiment fut agrandi vers 1991.

 

La mairie dans les années 1970.

 

Sources :

Archives d’Alsace, cote 2OP/TC 109 ; 2OP/TC 110 ; 383D549, C456-C457 ; 3E193/1 ; 3P67/38.

Auguste Kocher : Kurze Herlisheimer Chronik, éd. Manias, 1908, page 61 ; Die Aemter Offendorf und Bischweiler, éd. Manias, 1907, page 54.

Cartes postales de Herrlisheim.

Wikipedia : Bischwiller, Wintzenheim-Kochersberg.

Site de la ville de Munster.

Reuss : L’Alsace au XVIIème siècle.

Dictionnaire Historique des Institutions de l’Alsace.